Rêver, oser, travailler, ne pas abandonner

Rêver, oser, travailler, ne pas abandonner

 

Quand on m’a proposé de venir faire une présentation ici, de venir vous parler, j’ai tout d’abord refusé en me disant qu’en tant que jeune, je n’étais pas tellement légitime à diffuser un message. C’est vrai, mieux vaut laisser sa place à un professionnel qui aura vraiment vécu des choses très intéressantes et qui aura le recul nécessaire pour parler de ses expériences.

Et puis, je me suis dit que, justement, le manque de recul peut être une force. L’entrée dans la vie active des jeunes, l’ambition chez les jeunes, l’échec, la persévérance chez les jeunes, sont des thèmes qui touchent mon entourage au jour le jour, et moi-même par la même occasion, car, je sais, ça ne se voit pas, mais je suis jeune. (Rires) A mon entrée, vous vous êtes dit : « Ah, encore un vieux ! » Eh non ! Je rigole. (Rires) Ici, au Canada en tout cas, vous avez un jeune qui est fantastique, plus que ça même, c’est Xavier Dolan.

Alors je pense que vous le connaissez tous pour sa filmographie, entre autres. C’est quelqu’un qui m’a énormément aidé et inspiré, sans même qu’il le sache.

Premièrement, forcément, pour sa filmographie, mais aussi pour une petite phrase qu’il a prononcée lorsqu’il a reçu son prix, le prix du Jury du Festival de Cannes 2014 : « Je pense que tout est possible à qui rêve, ose, travaille, et n’abandonne jamais. » C’est tout con, mais cette petite phrase, aussi simple soit-elle, m’a bourré d’optimisme, a rechargé mon cerveau, parce que Xavier Dolan prouve au jour le jour qu’on peut se bouger le cul pour de bonnes raisons avant même de pouvoir regarder du porno légalement, qui prouve que filmer et la réalisation n’est pas qu’une histoire de vieux barbu et pour ma part, c’est jouissif, parce que je n’ai pas de barbe, et qui prouve aussi que l’âge n’est pas garant de génie et je peux vous dire que ça fait du bien.

rêver, oser, ne pas abandonner

Comfreak / Pixabay

Il faut aussi se dire une chose, c’est que cette petite phrase peut avoir un impact énorme, et ce fut le cas sur moi. Je pense que tout est possible à qui rêve, ose, travaille et n’abandonne jamais. Je pense que tout est possible à qui rêve, ose, travaille et n’abandonne jamais.

Je pense que tout est possible à qui rêve, ose, travaille et n’abandonne jamais. Mais, putain c’est génial ! Je pense que tout est possible, tout est possible, à qui rêve, ose, travaille et n’abandonne jamais. C’est-à-dire que si l’on travaille, on ose, on rêve, tout est possible. C’est bien, non ? Moi, ça m’a boosté, ça m’a chauffé.

Tout d’abord, rêver, c’est la genèse. Tout est possible lorsque l’on rêve. Le rêve pousse l’ambition à se créer et pour que cette ambition se durcisse, se consolide, il faut croire en ses rêves. Alors ça crée une sorte de cercle, oui, c’est comme ça que je représente le cercle, c’est un peu ridicule, surtout si je le fais très longtemps.

Ça crée une sorte de cercle qui peut paraître facile à réaliser, mais ce n’est pas si facile que ça.

Antoine de Saint-Exupéry disait : « Fais de ta vie un rêve, et d’un rêve, une réalité. » Alors, posons les choses tout de suite, il y a les rêves que l’on fait lorsque l’on dort, celui où j’embrasse Julia Roberts, et le rêve que l’on fait éveillé, la projection. C’est ce que l’on fait quand on est paumé, quand on a les yeux dans le vide, quand on a un petit sourire en coin comme des cons parce qu’on s’imagine un avenir radieux. C’est de ce rêve, dont je parle. Pour que ce rêve devienne ambition, c’est à l’individu lui-même de se dire que oui, c’est possible que ce ne soit pas qu’un rêve pour toute ma vie. Et c’est aussi, deuxièmement, à l’entourage de cet individu de le conditionner, de le motiver, de lui dire : « Voilà, mon gars, va falloir taffer mais tu peux y arriver. » Et, du coup, comme je vous le disais, pour passer du rêve à l’ambition j’ai l’impression qu’il faut une petite étincelle.

Cette petite étincelle, je pense que la confiance en soi l’aide à se créer.

Vous le savez mieux que moi, la confiance en soi, ça tient parfois à rien du tout. Je me souviens d’un professeur au collège qui s’appelait Monsieur Lacombe, un mec plutôt mastoc, 2m05, avec une petite barbe, c’était un prof de maths, et il nous disait en début d’année : « Essayez de résoudre ce problème. » Et puis au bout de trois mois, je ne sais pas pourquoi, il a commencé à nous dire : « On verra en combien de temps vous trouverez la solution. » Et puis avec du recul, parce que malgré mon jeune âge, j’arrive à avoir de recul sur mes années au collège, je me souviens qu’on ne vivait plus les exercices de la même manière.

Dans le premier cas, monsieur Lacombe nous parle de problème, dans le deuxième, il nous parle de solution.

Dans le premier cas, il nous demande d’essayer, dans le second, il nous dit qu’on va réussir. C’est tout con, c’est vrai. Merci pour votre interaction. (Rires) Mais, en tout cas, ça motive à fond. Le rêve, c’est la genèse, l’ambition est le moteur, et pour créer son plan d’action, il faut, attendez, c’est prévu : « Oser » C’est timé ! Ce n’est pas facile d’oser. Et je ne suis pas sûr que de nature l’homme ose. Je pense que l’homme se complaît très facilement, c’est mon point de vue, et c’est un danger. Il ne faut pas que seules les élites osent sinon ce n’est pas drôle. Chacun peut oser et doit oser, selon sa propre mesure, selon ses propres envies, ses propres moyens. Par exemple, oser dire non à « Tu feras le boulot de tes parents. » si on n’en a pas envie, est déjà quelque chose d’assez lourd et conséquent à faire. D’ailleurs, par rapport à ça, petite parenthèse comme ça, pour les parents, s’il y en a ce soir, qui ont la manie de vouloir imposer leurs passions et leur travail à leurs enfants, voyez le film « Billy Elliot ».

Regardez-le.

Voilà, je vous dis ça comme ça. Vous le regardez, vous aimez ça ou pas, on s’en fout, vous prenez le message, c’est tout. À ma petite échelle, je me souviens, il y a quelques années, j’osais louper des cours et me confronter un petit peu à mes parents pour aller interviewer des stars à Paris. Ça me paraît maintenant dérisoire, mais à l’époque, c’était quelque chose. Oser dépasser son univers, découvrir de nouvelles choses, pour les jeunes, c’est compliqué mais nécessaire. Mon univers, à l’époque, et celui de nombreux jeunes aujourd’hui, se résume à école, maison, bus, internet, Facebook, Twitter, Snapchat, Instagram, YouPorn, euh, Youtube ! Pardon, je ne sais pas… Youporn ? Je ne connais pas. C’est un site de cuisine ? Je ne sais pas ce que c’est, ça m’est venu comme ça. Oser découvrir, oser expérimenter, oser se faire confiance, oser aller dans le chemin que l’on veut se créer, c’est se différencier des autres. Oser, c’est un petit peu se mettre en danger.

Oser, c’est perdre ses repères.

Tandis que ne rien faire, c’est être sûr de ce que l’on fera demain. Et pour oser, il y a un bel avantage, c’est le courage. Comme disait Claude Nougaro, un fameux jazzman français, « J’ai du cœur, mais pas d’estomac. » L’estomac, il en faut un petit peu pour oser. Prenons l’analogie de Tony, ce pote au collège que l’on a tous eu, je pense que tu l’as eu, Tony, c’était le mec un peu stylé, un peu plus grand que les autres, qui écoutait du rock, qui avait une petite crête et une chaîne en or. On le détestait tous. Pourquoi ? Parce qu’il sortait avec toutes les filles, alors que nous, on passait nos soirées sur Youtube. Alors, de quoi on avait peur ? De l’inconnu, la fille. On avait peur de faire un pas vers elle, de se prendre un vent, d’être la risée du bahut.

Je ne suis plus au collège depuis bien longtemps, environ deux semaines, et il me paraît maintenant évident que Tony avait raison.

Il fallait surpasser et sauter cette barrière qui n’était que psychologique et oser dire : « Chalut Mélanie ! » Oui, j’avais des bagues à l’époque. « Chalut Mélanie, ch’est Panayotich. » « Non, je ne suis pas nouveau, on est assis à côté en classe depuis deux ans. » « Je voulais te dire : tu rechembles vachement à Julia Robertch. » Oui, c’était ma technique de drague. Je pensais que dire ça à une fille, c’était se la mettre dans la poche. Mais non, c’est pas grave. En tout cas, la drague, c’est quelque chose qu’il faut : « travailler ». Vous avez vu ? Les transitions sont pas mal ! (Rires) J’ai travaillé là-dessus. « Travailler » Ce qui va être déterminant, ce n’est pas de travailler. Tout le monde le fait.

C’est de savoir pourquoi on travaille, quel est le sens derrière tout ça. Trouver un but à tous ces efforts est une des priorités, je pense. Je ne parle pas du « travail » que l’on fait le week-end pour gagner un peu de tunes.

Non, je vous parle du travail qui a un sens profond. Celui qui va vous apporter expérience et confiance en soi. Celui qui ne va peut-être pas avoir un impact concret et direct sur votre compte en banque, mais qui vous apportera quelque chose de bien plus important. De mes douze à quinze ans, j’ai réalisé une vingtaine d’interviews. Au début, c’était très contraignant. Je ne sortais pas le week-end avec mes amis, parce que j’avais du montage à faire. Je me couchais tard, parce que j’avais du montage à faire. Je n’avais pas de petite copine, parce que j’étais nul en drague. Mais ça m’a aussi apporté bon nombre de compétences, qu’elles soient techniques : utiliser une caméra, monter, mixer, étalonner, qu’elles soient sociales : le développement de mon tact avec les gens, de ma confiance en moi, mon carnet d’adresses.

Je me suis fait beaucoup d’amis avec qui j’ai toujours la chance de travailler en ce moment.

Ça m’a aussi appris à gérer mon stress, à apprendre à gérer de fortes responsabilités, à acquérir le sens des priorités. Par exemple, quand mon premier cachet de comédien est tombé, oui, je suis comédien parfois… Quand mon premier cachet de comédien est tombé, sans hésiter, tout de suite, je me suis acheté un Mac, pour aller sur Youtube le soir, et une suite de logiciels de montage, pour me perfectionner dans le montage. Et c’est à partir de moment précis que j’ai commencé à orienter tous mes choix, même les plus anodins, en fonction de ma passion et de mon travail. C’était pas contraignant, c’était un plaisir. Travailler, trouver un but derrière tout ça, c’est quelque chose de primordial. Travailler en cours, OK, pourquoi pas ? Mais si on sait pourquoi on travaille en cours au lycée, si on sait que ce n’est pas forcément du temps qu’on passe à travailler sur des choses qui ne nous intéressent peut-être pas à fond, mais que l’on se dit que c’est un pari sur notre avenir, on ne voit plus ça comme du temps perdu.

On voit ça comme quelque chose pour se construire un bel avenir.

Maintenant, on a rêvé, on a osé, on a travaillé, il reste une chose à faire, qui n’est pas des moindres, c’est : « Ne pas abandonner » On rencontre, et c’est normal, sur notre chemin de plus en plus d’obstacles qui affaiblissent la petite flamme en nous. Des obstacles, petits ou grands. Moi, je n’ai pas énormément d’expérience, donc je n’ai pas encore vécu et rencontré de gros obstacles. Je touche du bois pour ne pas en rencontrer de gros.

Mais pour l’instant, j’en ai rencontré des petits. Ces obstacles affaiblissent cette petite flamme en nous, qui nous disait : « Mais oui, tu peux devenir chirurgienne ! » « Mais oui, tu peux devenir, basketteur, médecin, kiné ! » « Mais oui, tu peux devenir figurant dans les films de Julia Roberts pour essayer de la pécho à la fin des tournages ! » Pardon, ça c’était pour moi, c’est ma passion.

Julia Roberts, elle est magnifique. (Rires) Le risque, c’est que cette petite flamme s’éteigne, et que l’on oublie le rêve qui était à la base. Quand on avait rêvé de devenir chirurgienne, et qu’on s’était dit : « C’est bien d’être chirurgienne. » et que l’on avait travaillé pour le devenir, que l’on avait avant osé se dire : « C’est possible. » Et c’est pas parce que l’on a tué deux ou trois patients qu’il faut arrêter.

Ce n’est peut-être pas le bon exemple. (Rires) C’est pas le bon exemple, je m’excuse. Quoique, si, j’aime bien cet exemple. Mais, en tout cas, pour ne pas abandonner, pour entretenir cette flamme de la motivation et de l’ambition, je peux vous proposer une petite chose qui m’a énormément aidé, c’est de rencontrer ses idoles, ou les personnes qui sont influentes dans l’univers dans lequel on veut rentrer, Pour ma part, ce fut ce fameux jeune réalisateur Xavier Dolan, que j’ai eu la chance de rencontrer une heure après son fameux discours : « Je pense que tout est possible à qui rêve, ose… » Je viens de cracher un truc énorme, c’est pas grave, il faudra peut-être nettoyer pour celui d’après.

(Rires) Et j’ai eu la chance de le rencontrer une heure après ce fameux discours.

Je l’ai vu dans un couloir, parce que j’avais été invité au festival de Cannes en envoyant deux ou trois mails, une centaine environ, au comité d’accréditation, et ils en avaient marre de recevoir autant de mails donc ils se sont dit : « Allez, on l’invite. » Donc, j’ai eu la chance de le croiser dans un couloir une heure après son discours. J’ai voulu faire le mec un peu confiant, j’ai dit : « Bonjour, Panayotis. » Alors qu’en vrai c’était : « Putain, c’est Xavier Dolan ! Il est à moins de trois mètres, fais comme si tu ne le voyais pas ! » « Salut, bonjour ! » Et donc je suis allé le voir, je lui ai dit : « Bonjour, Xavier, Panayotis. » Et on a discuté.

Pour moi, c’était une discussion magistrale, fantastique. J’étais sur un nuage. Pour lui, c’était une discussion banale, mais je m’en foutais.

On a discuté dix minutes, et je me souviens qu’après cette discussion enrichissante et intéressante, il est parti, et je l’ai regardé comme un con comme ça. Je venais d’oublier tout ce que j’avais vécu, les petits obstacles que j’avais rencontrés avant, c’est-à-dire des castings loupés, des vues qui ne décollaient pas sur mes vidéos, des vidéos qui ne sortaient même pas, des problèmes à l’école parce que je loupais les cours pour des vidéos, etc. Tout ça, c’était oublié, c’était parti.

Je n’avais qu’une petite chose en tête, c’était : « C’est vrai, c’est pour ça que j’ai envie de faire ce métier. C’est pour ça que j’ai envie de faire ce putain de métier. » Du coup, j’avais un grand sourire, j’étais prêt à repartir pour 3 ans dans ce fameux chemin pour arriver à mon but ! Et, comme je suis quand même un peu pro, je l’ai rattrapé, et vu que mon but, c’est que l’on devienne confrères ou collègues, je lui ai laissé ma carte de visite.

Pas du tout ! J’ai fait un selfie. Chacun son truc, les jeunes, c’est le selfie. En tout cas, il y a une deuxième chose dont j’aimerais vous parler, Bonjour ! (Rires) Tu ne croyais pas qu’il y allait avoir de l’interaction ! C’est raté, il n’y a pas de mur, ici ! Si je veux te parler, je le fais ! (Rires) L’autre chose, dont je veux vous parler, c’est d’approfondir sa connaissance du domaine dans lequel on veut évoluer. Pour ma part, à la base, je voulais être comédien, mais j’ai essayé de faire de la réalisation, de l’écriture de sketchs, de la mise en scène, etc.

Qu’est-ce qui nous donne plus envie de manger un gâteau que de faire des allers-retours devant la vitrine ? Il y a un dernier point, oui, il y en a beaucoup dans cette partie, Je me suis dit : « On va faire plein de points ! » Le dernier petit point, qui m’a énormément aidé aussi, c’est de relativiser la notion d’échec et de réussite.

À l’époque, et je côtoie beaucoup de jeunes qui pensent comme ça, je me disais qu’il y avait deux voies : la voie de la réussite et la voie de l’échec. C’est faux. Je pense qu’il n’y a qu’une seule voie, qui mène, si l’on persévère, à la Réussite avec un grand « r ». Cette unique voie comporte des petits échecs, des petites réussites, des petits échecs, des petites réussites… Il ne faut pas s’arrêter au 1er en se disant : « Je suis dans la voie de l’échec. » C’est faux. Il faut poursuivre, continuer. Et sur cette voie, pour reprendre cette métaphore quasi spirituelle, on rencontre bon nombre de personnes qui nous aident à continuer, qui nous tiennent la main, qui nous donnent, ou redonnent, cette petite étincelle, et qui la voient dans nos yeux.

Une réussite, ça se ressent aussi dans le regard des autres. Se former une clique, une team, travailler avec des gens en adéquation parfaite, c’est quelque chose que j’ai eu la chance de vivre.

Je peux vous dire que quand vous traînez avec des cerveaux qui ont la même ambition que vous, qui voient cette fameuse voie de la même manière que vous, ça vaut peut-être dix cerveaux, qui regardent dans tous les sens. Pour terminer, j’aimerais vous partager le meilleur conseil que j’ai reçu de ma vie, même si elle est courte encore, je ne suis pas si vieux que ça, mais je vais dire « de ma vie » pour faire stylé. Le meilleur conseil que j’ai reçu de ma vie, ce n’est pas le conseil le plus académique que j’ai pu recevoir, mais c’est celui qui m’a le plus marqué. Quand j’avais onze ou douze ans, j’ai interviewé Orelsan, qui est l’un des rappeurs les plus connus en France.

J’étais super content, l’interview s’était bien passée. J’avais juste oublié d’allumer le micro. Donc du coup la moitié du… Eh oh, ça va hein ! (Rires) Donc la moitié de l’interview était partie à la poubelle. On avait réussi à récupérer du son avec des iPhones, c’était un peu la merde… Je me souviens que j’avais terminé le montage, je l’avais montré à mon père.

Il m’avait regardé et m’avait dit : « Tu t’es foiré là ! Respire un bon coup, travaille un bon coup, la prochaine fois tu feras mieux. » Merci d’avoir écouté un jeune.

Merci beaucoup. (Applaudissements – Cris).

Source: Youtube